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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 10:25

Extraits du discours de Monsieur Rémy REBEYROTTE,

Maire d'Autun, Conseiller Général,

Président de la Communauté de Communes

du Grand Autunois Morvan

___________

 

Aujourd’hui, 19 mars, comme elle le fait depuis 1963, la Ville d’Autun commémore le Cessez-le-feu en Algérie et s’inscrit dans la Journée Nationale du Souvenir et du Recueillement à la Mémoire des Victimes Civiles et Militaires de la Guerre d’Algérie et des Combats en Tunisie et au Maroc.

 

Vous me permettrez à cette occasion de m’incliner à la mémoire des victimes de l’attentat d’hier à Tunis et de condamner une fois de plus le terrorisme, le fondamentalisme et le fascisme qui, en fonction des époques, prennent diverses formes religieuses, païennes ou athées, formes qui ne sont que le véhicule pour leur haine, leurs ambitions, leur fanatisme. Vous me permettrez aussi de renouveler tout notre soutien et notre affection à tous les soldats français aujourd’hui engagés sur tous les terrains pour lutter contre le terrorisme et défendre les valeurs universelles de l’humanisme.

 

Mais attention, la haine est aussi ici.

 

Je m’explique : mon père me disait souvent « quand tu t’interroges sur le comportement de tel ou tel, attends le temps nécessaire et tu auras la réponse, tu comprendras ». Nous y sommes.

 

On nous a dit pendant des années qu’on ne pouvait pas retenir la date du 19 mars, bien qu’elle fut celle du Cessez-le-feu et donc du choix définitif de l’indépendance de l’Algérie et de la fin du conflit, car il y avait eu des morts après, ce qui était pour le moins un argument étonnant. On se doutait bien que cela cachait autre chose : nous commémorons bien le 8 mai la capitulation de l’armée du Reich, bien qu’il n’y ait pas eu d’armistice, qu’il y ait encore eu des morts dans les jours qui ont suivi et que la deuxième guerre mondiale ne s’est arrêtée qu’en septembre 1945. Le 8 mai, ce n’est ni un armistice, ni la fin de la seconde guerre mondiale, mais c’est le jour de la Victoire, le jour où le nazisme a été vaincu.

 

Nous savons désormais, depuis ce qui s’est passé à Béziers, où le Maire, très proche du Front National, soutenu par une partie de la droite dite républicaine, sans doute la droite décomplexée, a débaptisé une rue du 19 mars 1962 (il y a des précédents à cela hélas), mais pour cette fois-ci la rebaptiser du nom d’un des généraux putschistes du fameux putsch des Généraux d’avril 1961. L’amnistie de ces généraux est une chose ; elle n’efface pas la faute et ne les réhabilite pas. Honorer une rue ou une place publique de leur nom en effaçant le 19 mars 1962 en est une autre.

 

En fait, il y a bien deux approches, l’une républicaine, l’autre non :

 

- L’approche gaulliste, celle du discours de Brazzaville, dans lequel le Général de Gaulle reconnaît « la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes » puisque la France elle-même, en janvier 1944, pour échapper à un risque de dominium américain, réaffirmait qu’elle devait disposer d’elle-même. Le Général de Gaulle rappelait qu’on ne peut proposer pour soi-même un principe fondamental de Droit, la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes, et ne pas le reconnaître pour les autres peuples. C’est le principe même du Droit contre l’arbitraire. Je revendique un droit et une liberté, donc je les respecte pour les autres. Et c’est le discours fondateur de la sortie du colonialisme.

 

- Et puis, il y a la nouvelle droite, ou extrême-droite, décomplexée, qui n’a toujours pas digéré que l’Algérie ne soit plus française, qui considère qu’il y a des peuples supérieurs aux autres. Normal, me direz-vous, puisqu’elle considère aussi qu’il y a des races supérieures aux autres et des hommes supérieurs aux autres et que le Droit doit être celui du plus fort, que l’égalité des droits, fondement de notre République et de notre devise républicaine, n’a pas de raison d’être, et encore moins bien sûr la fraternité.

 

Ce sont deux conceptions de la vie en société, du Droit, du rapport à l’autre, du vivre ensemble, deux conceptions de la France irréductible. Le problème est fondamentalement politique. Pour ma part, je le sais comme beaucoup d’entre vous, je porte et nous portons la devise de notre République « Liberté, Egalité, Fraternité » haut et fort, et nous nous sommes inclinés, il y a quelques minutes, à la fois à la mémoire des 28.000 soldats français qui sont morts dans les combats d’Afrique du Nord, le millier de disparus, les 65.000 blessés, mais aussi nous avons pris part à la douleur du million de personnes déplacées, des rapatriés, des 300.000 orphelins, et des Harkis qui ont eux aussi beaucoup souffert et se sont souvent sentis lâchés et incompris. L’indépendance des peuples d’Afrique du Nord a été hélas à ce prix. Elle fut douloureuse, très douloureuse, elle fut mortelle pour de nombreuses personnes et de nombreuses familles. En nous inclinant ce soir, nous avons rendu hommage à toutes ces victimes, y compris à celles dont le Général Ailleret disait qu’elles furent « des combattants souvent exaltés mais toujours courageux » Respect et honneur à tous ceux qui sont morts pour la France, en Algérie et pour l’Algérie, en Afrique du Nord et pour l’Afrique du Nord il y a un peu plus de cinquante ans.

 

Nos générations n’ont pas à juger, elles ont à respecter l’engagement, le sens du devoir et de la fraternité qui est le vôtre et à vous témoigner non seulement du respect mais aussi de la gratitude et la solidarité de toute la Nation.

 

Vive la République et vive la France.

 

Je vous remercie de votre attention.

 

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Published by Rémy REBEYROTTE - dans CEREMONIES COMMEMORATIVES
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