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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 14:30

Mesdames, Messieurs,

 

Faut-il le rappeler ce matin ? Le souvenir terrible que nous partageons à cette heure, le désir de crier au Monde après les anciens des camps, en écho à leur voix, « plus jamais cela ! », nous ramène dans les camps de concentration et d’extermination, dans la plus absolue barbarie humaine, où furent déportés près de 200.000 Hommes et Femmes de notre pays : 75.000 pour des raisons raciales dont bien peu sont revenus ; 66.000 pour des raisons politiques dont 42.000 pour faits de résistance. A peine un tiers de ces derniers sont revenus, eux aussi marqués à jamais, sur leur peau et dans leur cœur.

 

Année après année, et c’est notre honneur à nous tous, nous nous retrouvons pour que l’oubli qui menace, ou les réécritures historiques qui menacent elles aussi, reculent et soient tenues à distance. Vade retro au temps qui passe et aux négationnistes qui rôdent, dans tous les milieux, plus ou moins sournoisement ou ouvertement.

 

Même si on pense ce matin avec tristesse à ce qui a bien pu motiver la perspective d’une réintégration au sein de l’Eglise de Rome d’un prélat ouvertement révisionniste, la vigilance doit être de mise partout, dans tous les milieux. La haine est à toutes les portes si nous ne sommes pas des vigies de l’intolérable.

 

2009 marque le 90ème anniversaire de la naissance de Primo Levi, l’un des plus célèbres survivants de la Shoah, surtout l’un de ceux qui a écrit, qui a témoigné avec le plus de force sur la vie des camps et notamment sur Auschwitz, l’Homme qui a donné au monde l’une des œuvres les plus importantes du XXème siècle, qui honore l’Humanité tout entière : « Si c’est un Homme ».

 

Relisons Primo Levi : « survivre et témoigner sont pour moi inextricablement liés ». Relisons ses pages sur la déshumanisation des camps, sur leur abjection : récit non pas affectif et passionné, mais récit précis, décrivant la mécanique humaine qui peut conduire à de telles atrocités, à la « bestialité faite homme » pour reprendre l’une de ses phrases.

 

Je veux vous lire le poème placé en exergue de « Si c’est un Homme » qui vous invite – c’est une litote – au devoir de mémoire, au refus de l’oubli :

 

« Vous qui vivez en toute quiétude

Bien au chaud dans vos maisons,

Vous qui trouvez le soir en rentrant

La table mise et des visages amis,

Considérez si c’est un homme

Que celui qui peine dans la boue,

Qui ne connaît pas de repos,

Qui se bat pour un quignon de pain,

Qui meurt pour un oui ou pour un non.

Considérez si c’est une femme

Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux

Et jusqu’à la force de se souvenir,

Les yeux vides et le sein froid

Comme une grenouille en hiver.

N’oubliez pas que cela fut,

Non, ne l’oubliez pas :

Gravez ces mots dans votre cœur,

Pensez-y chez vous, dans la rue,

En vous couchant, en vous levant ;

Répétez-les à vos enfants. »

 

Merci d’avoir répondu une fois encore à cet appel de la mémoire, à cet appel du cœur, à cet appel de la raison face à la folie des hommes, à cet appel à l’espoir et aux jours meilleurs.

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Published by REBEYROTTE - dans vie de la cité
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